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10/03/2010

Interview de Dominique de Villepin au magazine Version Femina

version_femina_138.jpgL’ancien premier ministre accorde peu d’interviews, mais il a accepté de répondre aux questions de Femina.fr sur sa vision de la politique et sur le sens de son engagement.

Par Cyril Cournoyer de l’Epine


A l'adolescence, étiez-vous déjà quelqu'un d' « engagé » ?
J'ai ressenti le besoin de m'engager très jeune, lors de mon enfance passée au Maroc puis au Venezuela. Ce sont des pays où de fortes inégalités sociales existent. J'ai donc pris conscience assez tôt des enjeux sociaux et de l'importance de la justice.

Evidemment, quand on est jeune, l'engagement prend des formes très sommaires. Mais mon envie de contribuer à un nouvel ordre mondial, plus juste, remonte à cette période-là.

Comment est arrivée la politique dans votre vie ?
Ma première réflexion, sur le plan politique, s'est articulée autour de mes racines familiales. J'ai eu de nombreuses discussions avec mes parents, gaullistes, et mes grands-parents, très engagés dans le service de la France. C'est à travers leur histoire, leurs propres batailles que j'ai eu envie de reprendre le combat à ma façon.
La découverte de l'Histoire de France a également beaucoup contribué à l'éveil de mon sentiment politique. Le fait d'avoir grandi à l'étranger m'a davantage sensibilisé à l'image de la France dans le monde, à son rayonnement et aux attentes qu'elle créait.
Pour ces raisons, après avoir fait l'ENA, j'ai choisi de devenir diplomate. Je voulais contribuer à faire vivre la France sur les territoires extérieurs. Au fil des années, mon sentiment que ce pays avait une âme, une langue, un projet d'organisation de la société mondiale, ainsi que des valeurs qu'elle souhaitait défendre, a grandi en moi. Cela m'a donné envie de participer à la vie politique.
Etant gaulliste, je me suis naturellement tourné vers Jacques Chirac, qui était alors maire de Paris. Il se trouve que ma sous-directrice au Quai d'Orsay était l'épouse de Camille Cabana, secrétaire de la ville de Paris à la même époque. J'ai donc rencontré très simplement Jacques Chirac, lorsque j'avais vingt et quelques années. Voyageant beaucoup et rencontrant de nombreux dirigeants internationaux, j'ai ainsi commencé à participer à sa réflexion.

Pouviez-vous dès lors imaginer les enjeux d'un tel engagement?
On mesure très tôt l'extrême exigence d'un tel engagement. Cette activité proliférante allait très vite devenir le centre de ma vie.

La politique vous a-t-elle appris quelque chose sur vous-même ?
Bien sûr. Tout ce qui est difficile vous apprend quelque chose sur vous-même. Par exemple, quand vous faites du marathon - ce qui est mon cas - au delà de 30 kilomètres, vous vous trouvez dans une solitude telle qu’il devient nécessaire de savoir puiser au fond de soi. La politique, c’est pareil. On ne fait pas de politique sans risque ou sans critique. Il faut être très sûr de ce que l’on défend et du combat que l’on mène, sans quoi, il ne nous reste plus qu’à déposer notre sac au bord du chemin. On apprend à se connaître davantage, à faire la part entre l’essentiel et l’accessoire. On redouble aussi de détermination. En ce qui me concerne, ayant choisi le service publique, mon engagement était de servir les Français. Mais en politique, il faut quelque chose de plus : cette conviction de pouvoir changer les choses. En découle une capacité au dépassement, au-delà même de ce qui est raisonnable. Parce que l’on sent que si l’on ne fait pas les choses, personne ne le fera à notre place. Puis on découvre des sentiments et des questions qui n’apparaissent que dans la difficulté. On est parfois amené à se demander si tout cela vaut la peine, s’il est nécessaire de prendre tant de risques. Ces questions-là vous amènent à puiser en vous, ce qui est très enrichissant.

Quel aspect de ce milieu trouvez-vous le plus difficile ?
Le plus difficile, c’est d’apprendre à ne pas répondre. À ne pas rendre coup pour coup. À ne pas s’attarder sur des critiques ou des attaques qui n’ont pas d’autres buts que celui de vous faire mal et de vous immobiliser. On peut aussi être touché par le scepticisme de beaucoup de citoyens.
On doit faire abstraction de beaucoup de choses désagréables pour arriver à persévérer. Parfois, il faut peu de sens commun pour continuer en politique. Mais l’Histoire nous a montrés à quel point la ténacité est nécessaire pour défendre ses valeurs et ses convictions, afin que de nouvelles choses deviennent possibles. Ces débats, ces combats, ne peuvent être menés qu’avec le sentiment certain qu’ils servent une cause visant l’intérêt général.

Que préférez-vous en politique ?
Il y a d’abord les convictions, si fortes qu’elles vous poussent dans vos retranchements et peuvent dès lors rendre les choses réalisables. Puis il y a des images très concrètes, des personnages en chair et en os, des témoignages qui vous donnent une raison supplémentaire de vous battre et de continuer. Quand, par exemple, de jeunes agriculteurs vous disent qu’ils ont décidé de consacrer leur vie à une forme d’élevage mais qu’ils constatent qu’ils ne vont pas y arriver, cela vous touche. Vous pouvez peut-être faire quelque chose pour les aider. Ou contribuer à les aider, car la politique, ça ne se fait pas tout seul. Ce sont de nombreux hommes et femmes qui, avec leurs engagements mis bout à bout, rendent les choses réalisables. Cela implique donc beaucoup d’humilité. Chacune de ces personnes peut faire la différence. Je l’ai vécu lors de drames humanitaires, ou, tout récemment, à Haïti. Quand ce qui semblait perdu, cinq minutes avant, devient à nouveau possible parce que quelqu’un se lève ou tend la main, qu’une vie est sauvée, qu’un enfant va vivre ; quand ce type de miracle survient, vous n’avez plus jamais la tentation de baisser les bras.

Qui sont vos modèles ?
Parmi les hommes qui m’ont inspiré, il y a bien sûr le Général de Gaulle. J’habitais en Amérique latine quand il a fait son grand voyage en 1964. Cela reste pour moi une image forte de la France. Il y a également l’engagement de gens comme Gandhi ou Mandela.

Mais aussi d’autres oubliés de l’histoire. Tel Roger Bernard, un jeune poète dans le maquis avec René Char, qui est tombé sous les balles allemandes. Il consacrait sa vie pour une cause qu’il estimait importante. Ce ne sont pas toujours de grandes figures, ni des images ou des lettres écrites au fronton des palais nationaux, mais tous ces témoignages qui vous donnent une raison supplémentaire de vous engager et de faire face aux difficultés.

Quelles sont vos ambitions à court, moyen ou long terme ?
Au delà de l’ambition, il y a la part du devoir. Je ne me suis jamais dit que je serais facilement à la hauteur de telle ou telle mission, mais plutôt que je mènerais un combat de tous les instants. Car la réalisation de ses objectifs nécessite une mobilisation permanente. Mon ambition, c’est de servir. Dans les circonstances qui se présenteront, à la hauteur des possibilités telles qu’elles existeront. Ce n’est pas une question de niveau. En revanche, je ne souhaite pas mettre de limite au combat que je veux mener. Je pense que la France aujourd’hui, dans la crise, doit penser grand. Je sais que les efforts que nous aurons à fournir pour faire face à compétition mondiale sont gigantesques. Mais je sais aussi que nous pouvons le faire, qu’il n’y a pas de fatalité.

Cet amour de la France est-il né du recul que vous a apporté votre enfance en exil ?
Vous dîtes « recul », je dirais plutôt « manque ». C’est vrai que la France et la langue française m’ont manqué. Quand vous êtes dans un pays étranger et que surgit votre langue au hasard d’une rencontre, c’est un moment de bonheur. Je suis né dans l’exil et je me suis constitué dans l’exil, dans le manque. Mais ce manque n’est pas une trahison de la réalité. J’ai toujours eu le souci d’aller vers une connaissance plus approfondie de cette diversité française. Ma famille a des racines implantées un peu partout dans le territoire national. J’aime cette diversité française. Je souffre d’autant plus aujourd’hui de voir l’impasse qui est faite sur certains éléments de cette identité, telle la ruralité, qui est une entité très forte de notre pays. Je souffre aussi quand je vois que nous ne faisons pas d’efforts suffisants pour les banlieues, où plus de 40% de jeunes sont au chômage. C’est inacceptable. Quand la fonction publique, dont je fais partie, est montrée sous un jour peu favorable, ça m’est aussi très difficile. Je pense que le pouvoir et l’homme politique ont une responsabilité : celle de rassembler. Unir chacun avec son esprit et son éthique. J’estime qu’il y a des Français à qui l’on ne rend pas assez hommage, à qui l’on ne donne pas suffisamment d’espoir. La France, c’est toute cette diversité qui mérite d’être associée.

De quelle loi déjà existante auriez-vous aimé être l’initiateur ?
Celle de 1905, la loi de la laïcité. Il a fallu beaucoup de courage pour tirer les leçons de guerres fratricides qui ont opposé les Français de confessions ou d’expériences différentes. Nous avons été capables de créer ce pacte entre Français désireux de vivre ensemble, de surmonter cette passion qui nous anime. En privé, chacun est libre de croire et de penser ce qu’il veut. Mais dans la sphère collective, chacun apporte ce qu’il a à donner à la république, sans qu’il n’utilise, ni n’oppose, sa croyance à celle d’un autre. Je pense que nous sommes-là au sommet du génie français.

De la même façon que nous avons été capables, en politique étrangère, de tirer les leçons de trois guerres avec l’Allemagne pour sceller une réconciliation, laissant de côté nos vieilles haines et nos vieilles passions. Quand j’allais à l’école, l’Alsace et la Lorraine étaient encore en violet sur les cartes, il n’y a pas si longtemps car je suis né en 1953. J’en garde une image très précise. Avoir pu surmonter de tels handicaps, juste après la guerre, constitue, selon moi, une grande fierté pour les générations françaises et allemandes.

Si vous deviez faire passer une loi aujourd’hui, laquelle serait-ce ?
Ce qui me paraît essentiel aujourd’hui, c’est de retrouver ce consensus national pour être plus mobilisés dans la crise.
Pour cela, il me semble nécessaire de rétablir la justice sociale. En répartissant les efforts au sein de la société française, entre ceux qui ont beaucoup, ceux qui n’ont pas assez et ceux qui n’ont rien. J’aimerais réinstaurer cette évidence, qui consiste à ce que chacun apporte en fonction de ce qu’il a. Aujourd’hui, l’éparpillement français est dû, en large partie, à cette absence ou cette insuffisance de la justice sociale.

Commentaires

Monsieur le député petite question en passant juste par simple curiosité...Lorsqu'on est adhérent du club Villepin et qu'on ne reçoit pas de mail de la Direction nationale du club qui nous informerait de cette manifestation du 19 juin ça veut dire qu'on n'est pas invité??ohhhhhhhhhh ZUT alors...

Au fait pas mal sa photo avec l'AGNEAU PASCAL (je regrette juste qu'il ne soit pas plus délicat avec les agneaux c'est tellement adorable) en terme de symbolique(René Girard) c'est ce qu'il y avait de mieux en plus ils ont la même couleur de cheveux...rires.Bon espérons que ce soit bientôt la "résurrection" car ce n'était pas dimanche de pâques en tout cas...
FH

Écrit par : Fatiha | 15/04/2010

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