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17/03/2009

Tribune Libre parue dans Midi Libre

800px-Drapeau_de_l%E2%80%99OTAN_svg.pngLa pleine réintégration de la France dans les structures militaires de l’OTAN pose un certain nombre de questions. Il convient d’y réfléchir sans dogmatisme, sans arrière- pensée politicienne, seul compte l’intérêt supérieur de la Nation.

Est-il politiquement incorrect de s’interroger sur les raisons pour lesquelles depuis le Général de Gaulle, aucun des présidents de la République, qui se sont succédés, n’a franchi le pas de la réintégration ?

Dans notre histoire contemporaine, deux courants politiques se sont opposés sur ce sujet. Sous la Vème République, le gaullisme pour qui l’indépendance de la Nation et sa grandeur sont liées. L’autre courant de pensée, plus présent sous la IVème République, considérait que la France est d’abord une Nation avec pour obligation le soutien et la promotion du monde occidental.

Aujourd’hui, les plus ardents défenseurs de ce retour plein et entier dans l’OTAN développent une même philosophie.

Depuis le Traité de Washington en 1949 créant l’Alliance atlantique, le monde a profondément changé. La disparition du bloc soviétique, l’émergence politique et économique en particulier de la Chine, de l’Inde, du Brésil, des pays arabes, les immenses besoins de l’Afrique, la situation économique actuelle des Etats-Unis et l’évolution de l’Union européenne obligent, plus que jamais, la France à conserver toute son indépendance et son originalité diplomatique pour maintenir son influence morale, politique et culturelle.

Aussi, est-il déraisonnable de redouter que cette intégration pleine et entière dans une OTAN, considérée partout sur la planète comme une structure militaire américaine, banalise la France et lui aliène la confiance de la plupart des peuples ?

Quel intérêt la France a-t-elle à se fondre dans un bloc occidental alors qu’elle a su cultiver une singularité si précieuse qui l’amenait à être un allié fidèle tout en conservant son indépendance et sa liberté de décision ?

Les partisans de la réintégration affirment que dans la situation actuelle nous sommes à l’intérieur de l’OTAN, remplissons de nombreuses missions militaires sans participer pleinement au commandement.

Faire croire aux français que cet arrimage à l’OTAN va permettre à la France de peser de tout son poids dans la stratégie et l’organisation de l’Alliance me semble être une douce illusion. Pour les Etats-Unis, l’OTAN est indissociablement liée à ses intérêts stratégiques, ils ne sont donc pas prêts à en partager le commandement.

Les partisans du retour à l’OTAN magnifient l’offre américaine de confier à un Général français le commandement allié chargé de la transformation des forces de l’Alliance basée à Norfolk en Virginie.

C’est une manœuvre habile.

En effet, ce commandement peut être considéré comme un « chapeau à plumes » destiné à rassurer l’opinion publique française mais il peut dans l’avenir devenir un piège redoutable.

L’état-major américain conservera la pleine main sur toutes les décisions suprêmes qui engagent l’Alliance et les intérêts américains. Ce commandement, même de pure forme, place la France au cœur d’une réflexion et responsabilise de fait notre pays dans une évolution de l’OTAN voulue par les américains.

Cette évolution stratégique se fera inéluctablement au détriment de l’ONU et de la construction d’une défense européenne autonome.

A quelques semaines des élections européennes, ce sujet d’importance mérite d’être abordé. Il convient de répondre à une question simple : qu’est-ce qu’un ensemble qui n’a pas la capacité d’assurer sa propre sécurité ? Sans une Europe de la défense, il n’y a pas d’Europe politique.

Avec le retour plein et entier de la France dans l’OTAN, la construction d’une véritable défense européenne s’éloigne, la France perd sa singularité diplomatique, notre pays n’est plus un trait d’union entre de très nombreux peuples. Dans ces conditions, nous pouvons craindre que l’on remette en cause notre légitimité à détenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies.

Ces questions essentielles touchant directement à notre indépendance nationale et à nos intérêts stratégiques méritent d’être publiquement posées par un député de la République.