30.09.2010

Mon interview dans La Gazette de Montpellier

La_Gazette_De_Montpellier-logo-6D78B7A581-seeklogo_com.gifAlors Jean-Pierre Grand, dans trois mois, vous êtes exclu de l'UMP ?
C'est moi, et moi seul, qui choisirai de rester ou de quitter l'UMP.

Les militants ont tout de même leur mot à dire, et ils ont voté massivement cette motion, ils étaient plus de cent cinquante...
Ce vote n'a aucune valeur : il s'est déroulé en mon absence, sans que l'ordre du jour n'ait indiqué qu'un tel sujet serait abordé, sans donc entendre ce que j'avais à dire. Raymond Couderc, qui est à l'initiative de cette motion, a certes été suivi par cent à cent vingt personnes, mais, par exemple, ni le maire de Sète, François Commeinhes, ni celui de Saint-Gély, Georges Vincent, par ailleurs président du groupe UMP au Conseil général, n'ont accepté de voter un tel texte, manifestant publiquement leur désaccord.
J'ai depuis rencontré de nombreux militants, de nombreux élus - et parmi eux des parlementaires - qui m'ont assuré n'accorder aucune importance à ces gesticulations dérisoires.

Tout de même : vous l'avez cherché ! Vous n'avez de cesse de critiquer tout ce que font Nicolas Sarkozy et l'UMP, et en termes parfois virulents!
Je fais mon travail de député gaulliste social. Je dénonce les injustices sociales. Je demande la suppression du bouclier fiscal. Je fais savoir que la façon dont sont traités les Roms n'est pas humaine. J'ai demandé à plusieurs reprises le retrait de nos troupes d'Afghanistan. Je me suis opposé au retour de la France dans l'Otan. J'ai émis de fortes réserves sur la loi relative aux collectivités locales. Et, sur les retraites, je trouve exagéré de faire travailler la moitié des femmes jusqu'à 67 ans.

Mais pourquoi restez-vous donc à l'UMP, si vous n'êtes d'accord sur rien ?
Écoutez, j'ai adhéré au mouvement gaulliste à l'âge de seize ans, j'en ai bientôt soixante, je reste fidèle à mes idéaux. Mais c'est vrai que je n'ai jamais vu un tel foutoir dans ma famille politique.

Pourquoi donc y rester?
Sur tous les sujets que je viens d'évoquer - les injustices sociales, le bouclier fiscal, les retraites... -, sachez que nous sommes nombreux à l'UMP à nous exprimer dans le même sens, dans toute la France. Or il n'y a que dans l'Hérault que le secrétaire départemental de l'UMP s'est mis en tête de vouloir exclure. Je vous rassure: cette démarche a beaucoup fait rire ceux qui connaissent le fonctionnement de l'UMP, et je crois savoir que ça a prodigieusement agacé les instances nationales, qui ne tiennent pas à ouvrir actuellement un nouveau front politico-médiatique. On ne peut pas exclure un député. Si, dans tous les départements, les députés de l'UMP qui s'expriment comme je le fais devaient être exclus, notre groupe parlementaire se retrouverait bien clairsemé.

Prenons la question à l'envers: en quoi êtes-vous d'accord avec l'UMP?
Avec les promesses qu'avait faites Nicolas Sarkozy !

Mais pourquoi rester, d'autant que, parallèlement, vous essayez avec Dominique de Villepin de créer un nouveau parti, voire un nouveau groupe parlementaire?
Quand je dis que rester ou quitter l'UMP relève de mon choix, et seulement de mon choix, ce n'est pas une fanfaronnade. Mon choix de rester à l'UMP tient à une constatation simple : on peut encore espérer que c'est là qu'il y a le plus grand nombre de gaullistes! Nous assistons à une droitisation et à une crispation de l'UMP, ce qui est très préjudiciable au respect d'une politique qui nous rassemble, mais j'estime qu'il est de mon devoir de tout faire pour éveiller les consciences à l'intérieur de l'UMP, et, croyez-moi, ça bouge! Voilà que même des ministres en exercice signent des tribunes dans la presse qui relèvent d'un vrai réquisitoire contre le chef de l'État. Quant à "République solidaire", dont je suis le responsable national des fédérations, et qui compte aujourd'hui vingt mille adhérents, rien n'interdit, dans les statuts de l'UMP, la double appartenance.

Raymond Couderc vous conseille de prendre votre carte au PS...
C'est aussi stupide que si moi je vous disais que lui n'a qu'à prendre sa carte au Front national! Restons sérieux. Je veux bien que le maire de Béziers donne des leçons de politique, mais quand, en Languedoc-Roussillon, alors qu'il était au second tour de l'élection régionale le seul représentant de la majorité présidentielle, il ne réalise qu'un score de 26 %, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. À ce niveau-là, on fait son examen de conscience et on démissionne de sa fonction de secrétaire départemental de l'UMP. Au lieu de cela, il vire le maire de Palavas, il vire le maire de Juvignac, il vire le maire de Baillargues, et il rêve de faire de même avec moi. Tout cela est dérisoire, pathétique.

Propos recueillis par Pierre Serre

05.02.2009

Interview sur la réforme des collectivités territoriales parue dans La Gazette de Montpellier

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La Gazette Pas commode, cette réforme ! On dirait qu'il y a autant d'avis que d'élus ! Vous qui avez les oreilles qui traînent en haut lieu, quel est votre sentiment : réforme et élections régionales repoussées en 2011, ou statu quo ?

Jean-Pierre Grand Ni l'un, ni l'autre. Il y aura réforme, le Président de la République l'a décidé. Mais à mon avis les élections régionales ne seront pas repoussées pour autant : elles se dérouleront en 2010 avec le même mode de scrutin qu'aujourd'hui. Le grand chambardement s'appliquera plus tard, en 2014. On votera alors en même temps, avec de nouvelles règles, pour les communes et les intercommunalités, les départements et les régions. Entre temps il y aura eu 2012 -ndlr : les élections présidentielles- et beaucoup d'eau sera passée sous le pont du Lez !

Que voulez-vous dire par là ?
Je veux dire que, dans ce grand débat, on entend tout et son contraire. Il y a ceux qui veulent faire disparaître les départements, ceux qui y sont opposés. Ceux qui veulent regrouper les régions et ceux qui souhaitent créer une dizaine de grandes métropoles.

C'est le projet Frêche !
Je ne le pense pas, je ne l'ai jamais entendu demander la suppression des mairies. Or dans le projet des parlementaires, la nouvelle collectivité s'appellerait “grande métropole” et regrouperait les communes, les intercommunalités et le territoire départemental qui seraient ainsi fondus en une collectivité unique. Les élus sont déjà baptisés “conseillers métropolitains”. Tout cela figure à la page 21 du rapport. La disparition de nos communes urbaines, transformées fatalement en quartiers ou secteurs, serait une erreur monumentale que je combattrai, avec bien d'autres parlementaires UMP. J'ajoute que les départements étant ainsi amputés de leur territoire urbain, on parle déjà de fusionner ce qu'il en restera avec les départements limitrophes !

D'autres veulent regrouper les vingt-et-une régions actuelles en six ou sept super-régions...
La constitution de grandes régions serait un pas de plus vers l'Europe des Régions, affaiblissant ainsi l'État. Dans cette période de crise économique et sociale, affaiblir l'Etat est à contre-sens de tout ce qui se fait ailleurs. Un Etat fort reste un atout inestimable pour exister politiquement et économiquement sur la scène internationale. Si le Président de la République souhaite regrouper les régions, même expérimentalement pour quelques unes, je serai de ceux qui réclameront un référendum.

Alors statu quo ? On ne bouge pas ?
Bien sur qu'il faut bouger. Mais de façon réfléchie et sans précipitation. En aucun cas, nous ne devons faire une réforme pour faire une réforme, ce qui déstabiliserait nos collectivités locales. Oui à la réforme, non à la chienlit ! Depuis la mise en place des lois de décentralisation en 1982, les élus locaux n'ont pas démérité. Un seul exemple : quand l'Etat s'occupait des lycées et collèges, on inaugurait un établissement neuf au mieux tous les quinze ans. Aujourd'hui, c'est chaque année en moyenne qu’un établissement sort de terre, moderne et de grande qualité. Au moment où l'Etat explose son endettement, nos collectivités gèrent leur territoire avec dynamisme et prudence. Leur endettement par habitant est plus de dix fois inférieur à celui de l'Etat. Autant dire qu’il est illusoire de croire que la réforme des collectivités locales puisse se faire sans l’appui des élus locaux, et a fortiori contre eux.

Si vous aviez carte blanche, que changeriez-vous, vous ?
Il y a deux ou trois grandes idées consensuelles, en particulier la clarification et le regroupement des compétences.
La Région, déjà en charge les lycées, pourrait également s'occuper des collèges. C’est un exemple. En revanche supprimer pour les communes la “compétence générale” -ndlr : la possibilité d'intervenir dans tous les domaines, la culture, le sport, le social, etc- pourrait se révéler extrêmement pénalisant dès lors que l'intercommunalité aurait en charge les grands équipements d'intérêt communautaire. Pourquoi interdirait-on à une commune de construire une salle polyvalente de quartier ? Si les communes n'ont plus la compétence générale, elles n'existeront plus.

Donc, clarification et simplification des compétences. Deuxième idée : la fusion des départements et des régions ?
L'idée fait son chemin chez les parlementaires de favoriser deux “couples” : communes - intercommunalité d'un côté, départements - région de l'autre. Les contours de ces “couples” restent extrêmement flous. Prenons le “couple” départements - région : les uns imaginent pour l'avenir un seul élu, déjà baptisé “conseiller territorial”, qui siégerait dans les deux assemblées : par exemple lundi au Département, mercredi à la Région. L'esprit du rapport laisse entendre qu'il serait élu à la proportionnelle dans les zones urbaines et uninominalement en zone rurale dans des cantons regroupés. Je crains que ce système hybride, à contre-sens de la nouvelle organisation décentralisée de l'Etat, n'affaiblisse considérablement les régions sans pour autant renforcer les départements.

Finalement, vous êtes plutôt favorable au statu quo ?
Non, je suis très favorable à une modernisation et une adaptation de notre organisation territoriale. Mais, compte tenu de la complexité de cette réforme, je ne pense pas qu'on puisse la réaliser en une seule fois et surtout pas à la va-vite.
Pour réussir cette réforme, il faut une méthode. Commençons par clarifier les compétences entre les différentes collectivités, puis travaillons sur les financements. Il faut également régler, une fois pour toutes, les relations contractuelles entre l'Etat et nos collectivités, afin de pouvoir programmer et financer, sans mauvaise surprise, les grands équipements publics structurants. Il en va de la stabilité fiscale. La troisième étape, c'est la création d'un véritable statut de l'élu : chacun sait qu’être un élu local, c’est un travail à temps complet. Si l’on veut que des jeunes puissent devenir des élus, il faut créer un statut qui leur garantit, quand ils ne seront plus élus, un retour à la vie professionnelle antérieure, pour ceux qui ne sont pas issus de la fonction publique.
En ce qui concerne la gouvernance de nos collectivités, j'ai pu observer qu'il y avait là beaucoup d'arrières pensées politiciennes dans les propositions des uns et des autres. Si cette réforme n'a pour seul fil conducteur inavoué de servir des intérêts politiciens, elle divisera profondément et échouera lamentablement. Si au contraire, et c’est mon voeu le plus cher, elle vise à moderniser, rationaliser, équilibrer le fonctionnement de nos collectivités, pour le plus grand profit des usagers des services publics alors elle sera mieux acceptée et pourra même devenir consensuelle.

Interview parue dans La Gazette de Montpellier n°1077
Propos recueillis par Pierre SERRE